Nous le savons, cela fait de plus en plus de bruit, la presse va mal. Les journaux en France voient peu à peu leur nombre de lecteurs chuter, et ce n'est rien à côté de la tendance américaine. Outre-atlantique, la diffusion des quotidiens a encore baissé de 2,8 % en avril -septembre 2006 (chiffres de la Newspaper Association of America). Le pourcentage de lecteur est passé de 58 % à 50 %. Les organes de presse passent de rachats en concentrations, et leur avenir reste sombre (le Reader Digest et le groupe Knight Ridder ont été rachetés par des groupes rivaux, le groupe de presse La Tribune est en passe de l'être, provoquant démissions et réductions d'effectifs).
Le coupable : c'est l'Internet. Le public se rue sur les informations qu'il trouve à travers blogs et forums, et délaisse la presse traditionnelle qui est pourtant souvent la source de l'information de ces blogs.
Alors certains innovent. Puisque leur principal concurrent c'est le net, ils vont se mettre à leur méthode. Pas en transformant le journal en site web (ils ne sont pas suffisament rentables avec seulement 7% des recettes publicitaires). Non, le journal restera bien de papier, mais l'esprit du Web 2.0 va s'infiltrer désormais dans les journaux.
Les grands périodiques ouvrent donc leurs colonnes aux interventions de leurs lecteurs, au milieu des rédactions des professionnels appelé "pro-am". Ces blogs en papier sont baptisés "journalisme citoyen".
Ainsi, Gannett, le premier groupe de presse américain (90 journaux dont USA Today) a décidé d'inclure dans ses colonnes les commentaires de lecteurs et de blogs, et fait rédiger des articles spécialisés non plus par des professionnels, mais par des amateurs éclairés comme des ingénieurs retraités ou des avocats.
Cette presse participative sauvera-t-elle le journalisme ?
Pas sûr.
Le risque, c'est d'affaiblir le journalisme professionnel, notamment le journalisme d'investigation, peu compatible avec les exigences financières d'un grand groupe. La presse se plaint par ailleurs du fonctionnement du web et du contenu gratuit qui habitue les lecteurs à de l'information sans journalistes.
Le site Nowpublic, lui, revendique ce journalisme non professionnel, et dit disposer de 31.000 "journalistes citoyens" dans 130 pays.
Pourtant, ces grands blogs, dits "nouveaux media", ont parfois conscience de leur dette envers les media classiques, dont ils commentent simplement les informations. L'un des blogs les plus lus des Etats-Unis, le Huffington Post, vient de publier un appel à "sauver le journalisme américain".